La complaisance voluptueuse dans la mélancolie (*)

Les jours se réduisent, le soleil est moins chaud, l’automne est là, le changement de saison, une bascule vers un peu plus noir, un peu plus froid.

La période est propice, propice à cet état d’âme si moelleux.

Dans un podcast récent, David Castello-lopes parlait de « la complaisance voluptueuse dans la mélancolie, de cette manière aigre douce d’être dans le passé, de regarder le passé et d’apprécier y retourner malgré tout ».

C’est ça, une mélancolie douce, des souvenirs heureux qui reviennent, qui font sourire un instant, rappellent de si belles choses et qui pincent aussitôt par leur finitude.

Je crois que d’aussi loin que je m’en souvienne, dès l’enfance, mes premiers sentiments, mes premières émotions étaient tournées vers le manque du moment passé, l’absence du moment présent, la tristesse de ce qui a été et ne sera plus. A l’époque, bien sûr, compliqué à maitriser, à exprimer.

La fin des vacances, le retour des week-end, une partie de cartes qui s’arrête, repenser à mon grand-père, se rappeler un lieu, une fête passée, les vendredi soir, un baiser d’été…

Pour mieux vous expliquer de quoi je parle, rien de mieux que de parler de la « saudade ».

La « saudade », le mot le plus fascinant de la langue portugaise qu’on dit souvent difficile à traduire en français.

Il désigne une émotion profonde, un mélange de nostalgie, un manque chargé d’affection, de tendresse. Il touche à l’amour, à l’absence qui reste vivante en nous, mêlant attachement, souvenir, désir et parfois douceur.

Et le traduire simplement par « nostalgie » serait réducteur. C’est ressentir l’absence de quelque chose ou de quelqu’un qui compte pour nous, tout en conservant un lien affectif avec ce qui n’est plus là. Par exemple, vous retournez dans une maison où vous avez passé une partie de votre enfance. Le jardin est toujours là, la lumière traverse les mêmes fenêtres, mais vous n’êtes plus l’enfant que vous étiez. Certaines personnes ont disparu, les habitudes ont changé.

Vous ressentez de la joie en retrouvant ce lieu, de la tristesse en constatant que le temps a passé, et de la tendresse pour ce que vous avez vécu. Un mélange tendre et sirupeux d’émotions mélangées.

Vous ne voulez pas nécessairement revenir en arrière. Vous voudriez simplement retrouver, ne serait-ce qu’un instant, ce qui rendait cette époque si précieuse.

C’est une façon très parlante d’approcher la saudade.

Cela peut concerner une personne aimée, un lieu quitté, une époque de sa vie, un souvenir d’enfance ou même une possibilité que l’on n’a jamais vécue.

On éprouve de la saudade pour quelque chose dont on sait qu’on ne pourra jamais retrouver exactement la présence.

Je crois que plus je vieillis, plus j’arrive à intégrer cette émotion comme essentielle à ma vie.

Amélie Nothomb dans « la nostalgie heureuse » a ces mots magnifiques : « Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c’est elle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit… »

Arriver à vivre dans notre monde si compliqué amène peut-être plus à se rattacher aux belles choses du passé. En vieillissant, on peut aussi apprécier « ce qui était », en sachant qu’il y a un peu moins de « ce qui est » et que les probabilités de « ce qui sera » se réduisent un petit peu.

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