Et si ça s’arrêtait demain ….(*)

Plus le temps passe, plus bien sûr cette phrase fait sens …

Je crois que je serai maintenant plus serein sur la finitude, sur l’impermanence de la vie… J’ai un problème avec la souffrance avant la mort mais je n’ai aucun problème sur les moments merveilleux que j’ai pu passer ici-bas.

Je suis heureux d’avoir eu autant de temps, pour l’instant, 55 années pour voir et vivre ce que j’ai vécu.

« Ce ne sont pas les fleurs qui fanent qui nous font souffrir mais notre désir irréaliste que jamais elles ne flétrissent. »

Bien sûr, en premier lieu, donner la vie et voir grandir deux magnifiques filles restera surement comme le plus bel accomplissement de mon existence.

Cette continuité dans le sens de la vie reste pour moi le plus beau à vivre. Elles sont grandes, elles ont de belles âmes, différentes mais si belles.

Tout ce que j’ai pu donner comme l’éducation, les conseils de vie, l’amour profond et sincère, est donné. Pas de regrets à ce niveau-là, j’aurai fait de mon mieux…

J’ai aussi eu le bonheur de croiser celle qui vit avec moi depuis tant d’années.
Elle est mon Nord, elle est mon Sud comme disait le poète. Je l’aime pour me supporter depuis tant d’années, je l’aime parce qu’elle arrive à rendre la vie plus simple. Je l’aime pour sa simplicité face à ma complexité. Je l’aime pour ce qu’elle est …

Alors quoi…

Depuis quelques années, je me surprends à être de plus en plus dans la contemplation. J’ai passé plusieurs décennies sans arriver à apprécier le moment présent. Bien sûr, j’ai perdu beaucoup de temps dans des futilités, dans mes idées noires. Je reste encore (trop) souvent ballotté entre le passé et ses regrets, et le futur et son impossible. Mais le temps passant, je m’arrête plus facilement. Un arbre, un oiseau, un tableau, un visage… J’apprécie, j’admire, je me renseigne et je trouve ainsi un moment « hors du temps » un instant de plaisir. C’est bon et ça fait du bien. J’ai décidé avec ce « bizarre » anniversaire des 50 ans, confinement oblige, d’essayer d’être de plus en plus dans ce retrait.

Le silence me va si bien…

Une expression me trotte dans la tête depuis des années, le « lâcher prise ». Réussir à diminuer la colère, l’orgueil, l’hubris (ou hybris), cette démesure, cet orgueil qui m’a amené pendant des années à tous ces excès.

J’ai trouvé merveilleux la différence faite par Hannah Arendt entre la « Vita activa » et la « Vita contemplativa ». La recherche du bonheur par le renoncement aux vanités évoquée dans la deuxième est un objectif certain, à défaut d’être encore une habitude. Je n’y suis pas encore, voire pas du tout mais j’y travaille. J’avance dans ce sens.

J’aime lire, et relire, ces quelques mots d’Irvin Yalom dans « le Jardin d’Epicure » pour m’en inspirer le plus possible :

« Lorsque, enfin, nous réalisons que nous sommes en train de mourir et qu’il en est de même pour tous les êtres sensibles, nous commençons à éprouver le sentiment aigu, presque déchirant, de la fragilité et de la valeur inestimable que revêtent chaque moment et chaque être. Cette réalisation peut engendrer une compassion profonde, lucide et illimitée pour tous les êtres ».
Que de temps gagné si nous pouvions en prendre conscience plus jeune, cela restera vraiment un beau conseil de vie.

J’aime aussi ces mots merveilleux du même auteur :

« L’angoisse accompagnera toujours notre confrontation à la mort. Je l’éprouve en écrivant ces lignes ; c’est le prix à payer pour la conscience de soi. La terreur primitive de la mort peut être réduite jusqu’à devenir une angoisse gérable au quotidien. Regarder la mort en face, avec un soutien, non seulement repousse la terreur, mais rend la vie plus émouvante, plus précieuse, plus vitale. Une telle approche de la mort débouche sur une connaissance de la vie. C’est dans ce but que je me suis concentré sur les moyens de diminuer la terreur de la mort et sur la manière d’identifier et de faire usage d’expériences révélatrices. J’espère qu’en prenant conscience, vraiment conscience, de notre condition humaine – de notre finitude, de notre bref passage dans la lumière –, nous en arriverons non seulement à savourer ce que chaque moment a de précieux comme le simple plaisir d’exister, mais à accroître notre compassion pour nous-mêmes et pour l’ensemble des êtres humains ».

Pourquoi réécrire moins bien ce que d’autres ont écrit aussi merveilleusement et qui correspond à soi… 

Je me suis dit « surtout n’accorde pas d’importance à la mort parce que tu ne sais pas où, quand et comment elle arrivera. Tiens bon, accroche-toi« … C’est ce que j’ai fait.

Apprécier la vie, contempler, admirer, aider, aimer, transmettre, cela me semble un bon programme à mettre en place pour les 50 ans à venir…

En ce qui concerne la transmission, je me rends compte depuis quelques années que j’aime poser sur le papier quelques textes très courts souvent liés aux émotions.

 J’espère que, peut-être, vous trouverez du plaisir dans ces moments partagés d’intimité.

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